mardi 19 août 2008

Les kanji - la théorie du suppositoire.

Eh ben, avec un titre comme ça, si je fais pas exploser mes stats, hein...

Les kanji, c'est un peu comme les filles : tu peux effectivement draguer à l'arrache 10.000 nanas et en sauter 100, après t'être mangé 9900 râteaux. Ou bien tu peux en choisir 100 dont tu sens qu'elles vont être intéressées. Dans les deux cas, on a bien chopé 100 nanas, mais les efforts fournis et le temps passé, pardon !

De la même façon, tu peux faire partie de ces bourrins qui pensent que plus on connaît de kanji, meilleur on est en japonais, et qu'il faut en connaître au moins des millions.
Donc je te le dis tout de suite, si c'est ce que tu crois, faut même pas t'embêter à me lire, je te conseille plutôt de prendre un dictionnaire de kanji, de commencer à la première page et tu les apprends tous un par un jusqu'à la dernière page, ça me paraît la seule solution raisonnable à ton kanji complex.

La vérité, c'est que quand tu arrives à un certain niveau en japonais, tu te rends compte que même s'il existait un suppositoire de kanji, genre tu te mets un gros calibre le soir (ou une série de moyens calibres pendant une semaine, si tu es délicat du fondement) et tu te réveilles le lendemain en sachant tous les kanji du dico, eh ben tu serais pas plus avancé.

Par exemple, les pronoms personnels, dont nous avons parlé l'autre jour : tu mets ton suppositoire, et le lendemain tu connais tous les kanji pour dire "je" : 私,拙者,俺,僕,我輩,儂,己等,余,妾, etc.
Tu pourrais tous les connaître. Est-ce que tu saurais pour autant lequel choisir, comment les utiliser à bon escient ? Sûrement pas.

L'autre truc qui te tombes sur la gueule quand tu te mets à faire des traductions littéraires, par exemple, c'est qu'il y a énormément d'adverbes qui ne s'écrivent pas en kanji, mais qui font toute la différence entre la capacité d'expression d'un Japonais et celle d'un étranger.

Enfin, le troisième truc qui te rendrait complètement dingue si tu connaissais tous les kanji, c'est que tu aurais en tête des tas de verbes qui seraient apparemment les mêmes au niveau du sens qu'on te donne, mais qui ne s'écriraient pas pareil parce qu'ils s'emploient différemment (genre 分かる,判る,解る), ou bien des mots qui voudraient dire exactement la même chose, mais en fait non.

Donc crois-moi, tu serais pas plus avancé. En revanche, si on te propose un suppositoire 広辞苑, fonce !

Le but de ce chapitre est donc de te rendre efficace et de t'aider à développer ton intuition, car c'est ce qui te permettra de naviguer en toute aisance dans cette jungle de caractères.
En revanche, ma méthode n'est pas une méthode miracle : toute méthode requiert des efforts !

Voici donc les moindres efforts requis :

1) retenir le numéro des clefs les plus courantes.

J'ai commencé le japonais par la traduction du livret du jeu Chrono Cross (un pari que j'avais fait avec Ed Valiente). Comme je débutais, je me souviens que même lorsque j'identifiais correctement la clef d'un kanji, je devais regarder la couverture intérieure du New Nelson pour connaître le numéro de la clef et aller chercher mon kanji. Au bout d'un certain temps, cependant, après avoir vérifié pour la dixième fois le numéro de cette clef-là 言, j'ai fini par retenir que c'était 149. Je pouvais désormais aller directement à la section 149 du dico dès que je voyais un kanji avec cette clef.
Morale de l'histoire : crois-moi, ne pas connaître le numéro d'une clef que tu vas voir sans arrêt, c'est ma définition du temps perdu. Sutout que c'est pas les moyens mnémotechniques qui manquent : genre par exemple l'eau (水) c'est 85 et le feu (火) 86. Ou alors la bouche (口), c'est 30 mais c'est aussi le premier des kanji à 3 traits, donc le précédent (又) c'est le n° 29.
Les retenir n'est pas compliqué et tu y arriveras très facilement à partir du moment où tu te places dans l'optique de les retenir car tu sais que c'est une information importante qui te fera gagner énormément de temps.

2) retenir le nom des clefs en japonais.

Prenons notre exemple de "la clef de la parole", 言, qui se dit ごんべん en japonais. Quand tu vas vouloir expliquer un kanji à un Japonais, tu crois qu'il va comprendre ton appellation de "clef de la parole", hein ? Tu vas lui traduire ça "話の鍵" ? Au mieux, tu utiliserais le terme spécifique pour "clef" (部首) et il comprendrait, mais ce serait vraiment plus rapide si tu lui disais ごんべん tout simplement.
Crois-moi sur parole : retenir le nom des clefs les plus courantes, c'est aussi une façon de gagner du temps et de les fixer dans ton cerveau (puisque tu multiplies les informations à propos d'un même élément). Donc tu vas faire ça.

3) retenir la clef du kanji, tout simplement.

Ce sera le dernier effort de mémorisation active que je te demanderai. Franchement, quoi de plus rageant que de tomber sur ce kanji 相, de se dire que la clef doit être à gauche "comme d'hab' avec les kanji verticaux" (note : je ne cautionne pas ce raccourci grossier) et de le chercher en vain pendant 5 minutes à la clef 75 (木) pour se rendre finalement compte que la clef c'était 目 (109) ?!
Tu apprends un kanji, tu en retiens la clef, point-barre. Pour la plupart, cela ne te demandera même pas un effort de réflexion, puisque la disposition ou le type de clef (on détaille ça tout à l'heure) te fournit la réponse presque tout le temps.
Mais "connaître" un kanji sans en connaître la clef, c'est un peu comme utiliser un verbe en français sans savoir à quel groupe il appartient. You fail.

Maintenant qu'on a vu la méthode, on va voir les trucs :

1) identifier la clef des kanji.

Il existe plusieurs façons :
- certaines clefs sont évidentes, genre 疒 pour tous les kanji concernant la maladie, 魚 pour les poissons, 鳥 pour les oiseaux, 雨 pour les éléments météorologiques, etc.
- la disposition. Là-dessus, je vais pas te faire un cours. Au bout d'une semaine d'étude des kanji et en appliquant les 3 règles de bases de ma méthode, tu devrais largement être capable de déduire qui fait quoi dans un kanji et d'identifier les structures-types (il s'agit de reconnaissance de structure, genre mettre les cubes dans les trous carrés et les boules dans les trous rond).

2) connaître la lecture ON d'un kanji. (Pour toi le gaijin, lecture ON = "lecture en composés")

Sans doute l'aspect le plus simple des kanji, grâce à leur structure gigogne.
Ex : on prend un kanji entier, genre 相 qui se prononce , et on le refourgue dans un autre kanji, 想, comme élément phonétique. Donc le nouveau kanji se prononcera aussi.

Plus drôle : si je te dis que ce kanji 交 se prononce ,

donne-moi la lecture ON de ce kanji

de ce kanji

de ce kanji

de ce kanji

de ce kanji

Ah merde, tu t'es fait avoir sur le dernier ! Ben comme ça tu le retiendras d'autant mieux, surtout qu'il sert principalement dans ce mot 比較, mot assez utile ("comparaison", aucun piège, tu peux l'utiliser tel quel).

La façon la plus simple pour toi d'identifier rapidement les éléments phonétiques les plus courants en japonais est évidemment d'ouvrir ton dictionnaire de kanji dans les dernières pages (recherche alphabétique) et de remarquer les ressemblances des kanji ayant les mêmes lectures ON.

3) conjecturer la lecture kun d'un kanji. (Pour toi le gaijin, lecture kun = lecture du kanji tout seul)

Attention, là on entre dans les arcanes...

Les kanji, c'est un peu comme les couleurs ("eh, mais au début t'as dit que c'était un peu comme les filles !") : si tu mélanges 2 couleurs, tu en obtiens une troisième.

Exemple : jaune + ? = violet. A priori, tu ne peux pas deviner quelle est la deuxième couleur.
En revanche, si tu as vert + ? = vert, tu peux deviner que la deuxième couleur, c'est aussi du vert !

Pour les kanji ça marche pareil, par exemple, tu tombes sur le mot 選択. Tu sais pas ce que ça veut dire, alors tu cherches le premier kanji et tu vois que c'est 選ぶ, qui veut dire "choisir". Du coup tu tombes sur le composé et tu vois que ça veut dire "choix, sélection".
Tu peux donc déduire que le deuxième kanji que tu ne connais pas encore est également le verbe 択ぶ, qui veut dire choisir, comme le premier !

Théorème de Robert Patrick :
Lorsqu'un composé de 2 kanji a la même signification que le premier des deux kanji qui le composent, le deuxième kanji est un verbe identique au premier.

Quelques exemples : 頂戴, 飢餓, 戦闘, 比較, etc. (j'en avais recensé une grosse dizaine, mais c'était il y a loooongtemps).

Enfin, dernière astuce pour les kanji : chaque fois que tu dois étudier un kanji, jette un coup d'œil à tous ses composés. Pas pour les retenir, juste pour t'amuser, avoir une vue globale, éventuellement faire des découvertes inattendues et intéressantes.
Comme je te l'ai déjà dit, tu regardes 後, le kanji le moins sexy du monde, et tu tombes sur ça 後天性免疫不全症候群, ou bien tu viens d'apprendre le mot "bague" et en cherchant la lecture ON de 輪, tu tombes sur ça 輪姦...

Les kanji, c'est des tonnes de fun si tu te laisses porter, si tu t'amuses avec et que tu lâches ce côté impératif, genre on t'a filé juste une pioche pour creuser le tunnel sous la Manche. Ne cherche pas à les retenir impérativement, laisse tes yeux se balader dans le dico, y a des fois tu vas chercher le kanji d'un insecte et tu vas rester 20 minutes dans les pages des insectes parce que t'auras trouvé un mot intéressant, et puis un autre, etc. Evidemment, tu ne les retiendras pas, mais si tu retombes dessus par hasard, peut-être que la lecture va te revenir, ou que tu verras en gros ce que ça veut dire...
Un jour j'ai appris tous les kanji avec la clef du poisson, il y en a une grosse soixantaine. Ça m'a quasiment servi à rien, je les ai presque tous oubliés et ceux que j'ai retenus sont évidemment ceux que j'ai le moins de chances d'utiliser un jour (genre "barracuda", top utile !), mais c'était fun (et pour être honnête, je les ai pas tous oubliés).

Un jour il faudra que je te raconte un rêve avec des poissons (en japonais), c'est énorme !

14 commentaires:

Haazheel a dit…

Dans la partie "1) identifier la clef des kanji.", il manque un des kanji non ?

Celui concernant les maladies n'apparait pas.

Robert Patrick a dit…

Ah ben si, juste après "genre", il y a la clef de la maladie ("yamaidare").

Kai a dit…

Rikaichan donne bien kô comme lecture on pour 較 avec kaku, c'est une erreur ?

kikoo a dit…

"Les kanji, c'est un peu comme les filles : tu peux effectivement draguer à l'arrache 10.000 nanas et en sauter 100, après t'être mangé 9900 râteaux. Ou bien tu peux en choisir 100 dont tu sens qu'elles vont être intéressées. Dans les deux cas, on a bien chopé 100 nanas, mais les efforts fournis et le temps passé, pardon !"

Et le plaisir de la drague alors, dans tout ça ? :D

Robert Patrick a dit…

@Kai : non, la lecture existe aussi, mais le NN ne donne qu'un seul composé avec cette lecture, tandis que hikaku est beaucoup plus fréquent, il ne s'agirait donc pas de le lire hikô !

Haazheel a dit…

C'est un problème de police et/ou de navigateur. Sous Firefox/Windows2000 je n'ai pas le Kanji et sous Firefox/Linux je l'ai.

Donc tu as raison, il y est mais je ne le voie pas !

Haazheel a dit…

Problème résolu :

Le kanji "n'existe" pas dans la police MS Gothic (que j'utilise sous Windows), j'ai donc installé une police chinoise (MS Song) et le kanji apparait.

Si cela peut servir à quelqu'un tant mieux !

Utsubuse a dit…

Bonjour,

Ne serait-il pas pratique d'avoir (en bonus, ou un article separé) le nom des différentes clés des kanji ? (ou alors un lien dans l'article :p ?)

Concernant おさめる.
Je ne sais pas si ces traductions sont correctes ?
治める : gouverner
納める : fournir, livrer
収める : obtenir, recueillir
et 修める : maitriser

avec 治まる : le vent qui se calme ??

Merci !

Robert Patrick a dit…

@utsubuse : désolé, ici ce n'est pas un site d'information. Tout ce que tu demandes est disponible ailleurs (tu peux faire un tour sur les différents wikipedia, par exemple).
Moi je suis juste là pour t'expliquer quoi faire avec l'information. Sinon, tu comprends, demain un gars va me demander de lui expliquer la différence entre 10 kanji et là on s'en sort plus.

C'est aussi ce qui fait l'efficacité de ma méthode : obliger les gens à être actifs dans leur recherche. Tu verras qu'on retient beaucoup mieux une information quand on s'est cassé le cul pour la trouver que quand un prof te la donne et que tu l'acceptes passivement.

Cyril a dit…

Mon plaisir avec les kanjis c'est de me promener dans mon kanji learner dictionnary, je pars d'un kanji et je regarde la liste des mots fait avec, et la je trouve un mot fait avec un autre kanji que j'ai deja appercu, et hop je saute a ce nouveau kanji et je continue ....
C'est une promenade dans un dictionnaire illustre !
Avec le temps tu retrouve les memes clefs ou petit bout de kanji et ca te reste ou decouvre des exceptions comme l'ordre des traits entre 右et 左.

Sympa comme blog, meme si le language est hmm cru.
J'aurais bien aime voir la tete des etudiants si ma prof nous parlait comme ca !

Cora a dit…

« désolé, ici ce n'est pas un site d'information. Tout ce que tu demandes est disponible ailleurs »

Robert Patrick, j'ai failli t'envoyer un commentaire incendiaire à propos de ces foutus noms de clef complètement introuvables.
Et puis, je les ai trouvé.
Mais évidemment, les sites qui donnent les noms, ben ils donnent pas les numéros des clefs ! Et inversement ! Je suis certaine qu'il y a un infâme complot derrière tout ça...

Enfin cela dit, maintenant que j'ai trouvé ces précieuses informations, j'avoue que j'en éprouve une certaine satisfaction. Il reste plus qu'à tout mettre en forme, et ça tombe bien, parce que j'aime bien mettre en forme des trucs.

Bref, tout ça pour dire que c'est possible (comment ça, sur le web tout est possible ?!)

Ah, un autre truc : oui, les kanji, c'est vachement fun, sauf à la fac parce que là y'a pas d'autres moyens, les kanji faut les retenir, même s'ils sont trop moches, trop chiants et que tu t'en fous de savoir écrire "centrale nucléaire" en japonais.

Enfin maintenant que je sais écrire centrale nucléaire en kanji, j'admets que je manque pas une occasion de me la péter en l'écrivant. En plus, il est pas si chiant que ça ce kanji, rien qu'en le connaissant, on sait aussi dire atome, énergie nucléaire, production d'énergie nucléaire ET centrale nucléaire.
Allez, rien que pour le plaisir : 原子力発電所

Dans le même genre, tu peux être sûr que si je vais à Hiroshima un jour, ce sera spécialement pour voir le 平和記念資料館 ! Ah, ah, ah, vive les mots composés de 6+ kanji.

Robert Patrick a dit…

@Cora : oh, les noms de clefs, y avait pas besoin de draguer tout l'internet pour ça, hein, tu ouvres ton dictionnaire de kanji à la page de chaque clef et le nom est marqué.
Sinon "centrale nucléaire", je vois pas où est la difficulté vu que c'est littéralement "l'endroit où on fabrique de l'électricité à partir de l'énergie atomique". Sinon, je me trompe ou ce mot n'est composé que de kanji qu'on trouve dans les 5 premières leçons de n'importe quel manuel ? :-D

Cora a dit…

1) Je n'ai pas de dictionnaire de kanji ! Pas de dictionnaire de japonais du tout d'ailleurs /o\

2) Ne généralises pas trop vite ! Les seuls kanji que je connaissais avant d'atteindre la leçon 15 du Genki (là où apparait ce kanji), c'était 子 et 電.
(Bon je connaissais aussi 力, 発 et 所, mais juste de vue, genre ah ouais, j'ai déjà vu ce kanji là quelque part mais j'avais la flemme de chercher ce qu'il voulait dire)
Ce kanji n'est pas difficile une fois qu'on le connait, bien sûr, mais si auparavant tu ne sais pas que 原子 c'est un atome, c'est pas vraiment easy to guess :o)
Il faut croire que je suis dans la seule fac où on utilise pas les manuels où les-kanji-de-centrale-nucléaire-apparaissent-dans-les-5-premières-leçons :-P

Robert Patrick a dit…

@Cora : "mais si auparavant tu ne sais pas que 原子 c'est un atome, c'est pas vraiment easy to guess".

QUOI ? Tu n'as donc jamais entendu parler du 原子物語, le "dit du Genshi" ?!!
C'est un scandale !!

Mais sinon il te faut un dico.

 
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